Moi Policier, et ma réalité…

Chères et Chers membres,

Cette période est ardue pour chacun d’entre nous, nos familles et nos proches. En témoigne le message reçu que nous partageons avec vous tous :

“Bonjour,

Juste un petit e-mail pour vous dire combien il devient difficile de faire notre job au quotidien dans les conditions actuelles.

En effet, sous le couvert du COVID-19, notre état-major police en a profité, insidieusement, pour instaurer de nouvelles règles « provisoires » mais qui, visiblement, vont durer.

Alors qu’une partie de la police, afin de lutter efficacement contre cette pandémie, a instauré un tournus en mode dit « dégradé » (toute la PJ, la brigade des chiens, la PI, le DPR, les GI, etc…), la Polsec et la Polprox, eux, ont fusionné, supprimant au passage l’horaire de travail de la Polprox et celui des postes de Rives et Blandonnet pour les faire passer en 4/2. Plus de se sont donc retrouvés à travailler ensemble, dans des locaux inadaptés et où il est impossible de respecter les gestes barrières basiques.

Mais cela n’a pas vraiment gêné nos dirigeants, qui ont continué, toujours sous couvert du COVID-19, à faire ce que bon leur semble en supprimant nos grands congés. Inutile de parler de la « force COVID-19 » qui a été créée pour faire respecter les mesures barrières à la population.
Tous ces changements, nous les avons acceptés car bien conscient de l’état d’urgence dans lequel nous nous sommes retrouvés. Mais là où le bas blesse, c’est que ces mesures, pour certaines, vont perdurer jusqu’en octobre (enfin pour le moment).
Il est inadmissible, que sous couvert de ce fameux COVID-19, nous allons continuer à travailler de la sorte, car, il est bien clair qu’il ne s’agit plus d’un état d’urgence mais bel et bien d’avoir de l’effectif en contournant la loi sur la police. Le manque d’effectif criant, le nombre de réquisitions non traitées en constante augmentation fait de cette pandémie, une excuse toute trouvée.
Pour preuve, le 15 juin 2020, les frontières européennes vont rouvrir et avec elles les mesures de distanciation sociale vont tomber. Mais la force COVID-19, elle, va continuer jusqu’à fin septembre. Idem pour nos grands congés, qui sont supprimés jusqu’à fin septembre…
Dans ces conditions, il nous est très difficile de faire notre travail courant (convocation pour des auditions, établissement de rapports, enquêtes…). En parallèle, obligation de poser nos HR an-1, alors même que nous sommes repris sans arrêt pour les nombreuses missions COVID-19. Sans parler de la fatigue et l’usure du personnel, qui sans cesse doit fournir des efforts (surtout avec les périodes de vacances qui approchent).
La fatigue, car le personnel est repris sans arrêt, des fois tout le service, pour faire du COVID-19. La fatigue, car des demandes de doublages de nuit sont en cours en ce moment même. La fatigue, car cela fait très longtemps que le personnel travaille à flux tendu. La fatigue, car très compliqué de poser nos fameuses HR an-1 vu le nombre de reprises de COVID-19.
De l’usure, car le personnel n’est pas soutenu dans ses actions. Pour exemple, la réunion de plus de 2000 personnes à vélos en date du….. que personne n’ose punir (manifestation non autorisée). L’usure, car la critical mass (là encore manifestation non autorisée) qui dure depuis des années et dont personne n’ose interdire une bonne fois pour toute. L’usure, car les interventions COVID-19 où il faut juste se montrer mais pas verbaliser. L’usure, car suite à un visionnage d’une émission datant de plusieurs mois, le procureur général veut entendre un collègue qui n’aurait, selon lui, pas fait juste lors d’un stage en immersion. L’usure, car on nous demande à l’interne de respecter les mesures de distanciation sociale mais qu’il nous est juste impossible de le faire. Bref, la liste est longue.

Tout ça pour dire que je m’interroge sur la direction que prend notre institution, qui s’inquiète plus de savoir si la population nous aime ou pas, à l’image d’un site internet style « TripAdvisor » (plus les commentaires sont bons plus ont a des points…). Une institution qui ne jure que par des statistiques et qui se gausse d’avoir distribué des centaines de contravention (ce qui prouve bien que notre travail ne porte pas ses fruits vu que les gens continuent à faire des centaines d’infractions…). Une institution qui délègue ses tâches (rapports hebdomadaires, statistiques, formation de chef de section circulation…) à leurs subalternes déjà asphyxiés par leurs tâches quotidiennes.

Et là aussi, on pourrait en parler des heures sur la direction que prend notre institution.
Où est passé le bon vieux temps où un maréchal gérait son poste comme il l’entendait? Où est passé le bon vieux temps où nous venions travailler en sifflant? Où est passé le bon vieux temps où l’on devait refuser du monde pour des manifestations? Où est passé le bon vieux temps où nous étions respectés? Ha oui, il a disparu gentiment dès que nous avons été gérés comme une entreprise privée et il est mort suite à la nouvelle LPol.
Pour conclure, je ne suis absolument pas contre le changement, mais pour autant qu’il nous apporte du mieux. Je n’ai pas de solution miracle non plus, mais je pense qu’un peu de bon sens permettrait à cette institution de relever la tête et de briller à nouveau.
J’aimerais juste dire à nos dirigeants ceci: laissez-nous faire notre métier, nous savons le faire et bien. Faites-nous confiance et écoutez-nous. Sans nous vous n’êtes rien. Le jour où nous refuserons de faire le boulot, tout s’écroulera… Nous sommes la base et nous faisons tourner cette institution…

Je vous remercie d’avoir lu mon message, et croyez bien que ce n’est pas un témoignage isolé, loin de là. Et pour la petite histoire, je l’ai écris à la maison, sur mes jours de congés car pendant mon tournus je n’aurais pas eu le temps. J’aime mon métier et j’en suis fier. Et comme le dit le dicton: Gendarme un jour, Gendarme toujours! Ha ben non…. on est plus Gendarme…. même ça on ne peut plus le dire…
PS: le CF vient d’annoncer un assouplissement des mesures, en espérant que cette information monte jusqu’aux têtes pensantes de chez nous…. rien n’est moins sûr!”

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